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Publié par Coup Pour Coup 31

Armee-Egypte_1_09f1a8.jpgLe premier ministre égyptien (nommé par Hosni Moubarak) Ahmed Chafik a démissionné. L'annonce en a été faite par le conseil supérieur des forces armées.


Ces derniers jours, des centaines de personnes recommençaient à s'installer place Tahrir pour exiger la démission du gouvernement Chafiq, la fin effective des pratiques autoritaires pour étouffer l'expression populaire et la contestation persistante (fin de l’Etat policier).


Essam Sharaf, un civil, a été nommé par le conseil suprême des forces armées pour former un nouveau gouvernement. Ingénieur et ancien ministre des transports jusqu’en 2006, il a rejoint les protestataires place Tahrir juste avant la la chute de Moubarak. L’opposition libérale le présente comme « le technocrate" réclamé par différentes forces protestataires pour assurer un gouvernement intérimaire et s'occuper de la vie quotidienne des Egyptiens d'ici des élections libres et démocratiques. Son nom aurait même été proposé par certaines coalitions "pro-démocratie".


Une journée "pour trancher" ( youm el has’m ) est prévue vendredi 4 mars, place Tahrir... Ses organisateurs exigent la libération immédiate de tous les prisonniers politiques, la levée de l'état d'urgence et la dissolution des services de la Sûreté de l'Etat.... Simultanément, la pression s'accentue pour les revendications de justice sociale - à commencer par l'instauration immédiate d'un salaire minimum garanti de 1 200 livres égyptiennes et la réduction des inégalités par une baisse des hauts salaires ( 1 dollar = 5,55 livres égyptiennes).


Mercredi 2 mars 2011, des centaines de travailleurs ont tenu une conférence préparatoire pour l'inauguration officielle d'une fédération nationale des syndicats indépendants, dont le principe a été lancé le 30 janvier dernier. Les associations des travailleurs du textile de Mahalla, des transports publics, de la Poste, ainsi que les sidérurgistes de Helwan, ont ainsi annoncé leur intention de rejoindre cette fédération.


En Egypte, le syndicat officiel est une sorte d’officine du ministère des affaires sociales. Pour être candidat aux élections professionnelles, il faut (obligatoirement) une attestation fournie par le ministère... Par conséquent, les 500 grèves des ouvriers de l’industrie de la ville de « Helouane » en 2010, sont « sauvages »...


Autre particularité de l’économie égyptienne, l’armée pèse très lourd. Elle possède des usine qui produisent des casseroles, des poêles en acier inoxydable, des extincteurs, des échelles, des couteaux, fourchettes... L’armée controle des firmes qui produisent et distribuent des produits alimentaires (huile d’olive, du lait, du pain, de l’eau...), des usines de ciment, vêtements, électroménager, production de véhicules (en partenariat avec Jeep pour produire des 4x4 Cherokee et Wrangler), des stations balnéaires (dont celle de Charm El Chikh où se trouve Hosni Moubarak et où se déroulent les réunions importantes...), des hotels, et des entreprises de BTP (routes, ponts, construction...). L’armée possède des compagnies qui vendent des équipements médicaux, des ordinateurs, des téléviseurs, des machines à coudre, des réfrégérateurs, des bouteilles de gaz, une marque d’eau minérale, la plus consommée en Egypte... L’armée possède aussi de grands terrains constructibles ou des terres agricoles...


Le poids économique de l’armée est estimé à 10 ou 15% de l’économie égyptienne... Les entreprises militaires emploient plus de 40 000 civils et réalisent un bénéfice annuel de 345 millions de dollars, en moyenne. Ces entreprises ne payent pas de taxes. Il est interdit de diffuser des informations les concenant. La grève est interdite. Des ouvriers sont condamnés par un tribunal militaire en 2004 et 2008 à des peines très lourdes (pour atteinte à la sécurité du pays), suite des appels à la grève dans les entreprises de l’armée...


Depuis 1979, année de la signature par Anouar Assadate des « accords de Camp David », les USA ont forni une « aide » militaire de l’ordre de 2 milliards de dollars par an. Rappelons que ces accords interdisent à l’armée égyptienne de se trouver au Sinaï (où il y a des observateurs militaires, américains surtout, un matériel de surveillance très sophistiqué), obligent l’Egypte à laisser passer les navires miltaires israeliens par le Canal de Suez... L’armée égyptienne est équipée et armée par les USA... Les dernières manoeuvres (2010) simulent une lutte contre la guerilla urbaine, c’est à dire contre la population autochtone, et non contre Israel qui a gardé une bande du Sinaï en plus d’une autre bande dite « neutre », occupée par des « observateurs neutres » (en fait en majorité des militaires américains) et un matériel de surveillance...

 

L’armée partage les richesses du pays avec une nouvelle couche de « rapaces » qui ont profité de la privatisation des entreprises publiques et qui sont proches de Gamal Moubarak, qui se préparait à la succession de son père... Mais l’armée joue un rôle de régulation. Ses fourneaux distribuent le pain subventionné, ses entreprises veillent à ce qu’il n’y ait pas de pénurie de produits de base... D’où les longues files d’attente devant ses entreprises de distribution de produits alimentaires surtout...

 

Depuis la fin de l’année 2007, la classe ouvrière pèse sur la scène sociale... Des grèves très dures se sont déroulées dans des secteurs comme le textile, la métallurgie, la fonction publique, les chemins de fer (et transport).... Ils ont arraché des acquis et ont refait grève à chaque tentative de retour en arrière... Les employés des impôts ont arraché le droit de fonder un syndicat autonome, c’est une première...

 

Sadate (et puis Moubarak) ont décidé d’expulser les paysants qui ont bénéficié de la réforme agraire, de les exproprier et de rendre la terre aux descendants des féodaux et des grands propriétaires... Ces derniers ont bénéficié du soutien de « la loi », donc de l’Etat et ils ont armé des criminels et autres bandits pour expulser les paysans, par la force... Les paysans ont résisté, mais ils ont été condamnés à des peines de prison et des amendes...

 

L’Egypte a connu des révoltes appelées « émeutes FMI » en 1977 et 1986... C’est l’armée qui a réprimé les manifestants, contrairement aux affirmations de certains qui prétendent que l’armée égyptienne « n’a pas du sang sur les mains »... Déjà en 1952, les ouvriers grévistes du textile ont été réprimés par l’armée, un mois après le coup d’Etat du 23 juillet 1952... «Les « meneurs » sont condamnés par une cour martiale. Deux de ces « meneurs » ont été exécutés. Leur grève constituait une « menace à la sureté de l’Etat » !


En août 2010 huit employés d’une usine militaire « l’usine 99 » ont été condamné, par un tribunal militaire, à des peines de prison avec sursis... Cette « clémence » est due au soutien (médiatisation) et au contexte social (période de grande mobilisation ouvrière)... Après l’explosion d’une chausière qui a fait un mort et six blessés, les ouvriers ont appelé à la grève pour exiger de meilleures conditions de travail. Le tribunal militaire les a accusé de « revéler des secrets militaires et d’arrêt illégal de la production »

 

Sources :

Sites Global research, Internet Slate, Mondialisation.ca, site du WSWS

Suivi régulier de la presse égyptienne + correspondances personnelles...

 

Tahar MOEZ - 03/03/2011

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