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Publié par Coup Pour Coup 31

Le mouvement national palestinien s’est constitué à la fin des années soixante et les débats autour de son projet politique ont eu lieu à cette époque. Nous publions ci-dessous plusieurs documents éclairant quelle était alors la conception de la société à construire.

 

drapeau comm

La charte nationale palestinienne de l’OLP (1968)

 

Ce document, compromis entre les diverses forces politiques palestiniennes, n’est guère radical et propose en fait une conception de la Palestine libérée purement nationale et étatique. On notera que les seuls Juifs considérés comme Palestiniens sont ceux présents "avant l’invasion sioniste" (qui a commencé bien avant la création de l’état d’Israël, voir "Partisan" N°59, avril 1991). C’est, de fait la conception qui l’a emporté aujourd’hui, sous une forme édulcorée par 25 ans de trahisons.

1) La Palestine, partie du peuple arabe palestinien, constitue une partie inséparable de la grande patrie arabe, et le peuple palestinien fait partie de la nation arabe.
2) La Palestine, dans les frontières du mandat britannique, constitue une entité territoriale indivisible.
3) Seul le peuple palestinien a des droits légitimes sur se patrie. Après l’avoir libérée, il exercera son droit à l’autodétermination, selon ses vœux et sa seule volonté.
4) L’identité palestinienne est une caractéristique authentique, intrinsèque et perpétuelle. Elle se transmet des parents aux enfants. Ni l’occupation sioniste, ni la dispersion du peuple arabe palestinien résultant des souffrances qu’il a endurées ne peuvent effacer cette identité palestinienne.
5) Les Palestiniens sont les citoyens arabes qui résidaient habituellement en Palestine jusqu’en 1947, qu’ils aient été forcés de par-tir ou qu’ils y soient demeurés. Toute personne née de parents palestiniens après cette date, que ce soit en Palestine ou hors de Palestine est Palestinienne.
6) Les juifs qui résidaient habituellement en Palestine jusqu’au commencement de l’invasion sioniste sont Palestiniens.
(...)
8) Le peuple palestinien traverse actuellement le phase de la lutte nationale pour la libération de sa patrie. Pour cette raison les divergences entre les forces nationales palestiniennes doivent passer au second plan, pour donner ta priorité à la contradiction fondamentale qui existe entre, d’une part, le sionisme et l’impérialisme et d’autre part, le peuple arabe palestinien.

Projet de résolution proposé au sixième Congrès du Conseil palestinien (Le Caire, septembre 1969)

 

Ce projet (dont nous ne connaissons pas les auteurs) vise explicitement les conceptions racistes et chauvines sévissant dans certains courants palestiniens. Il est intéressant dans la mesure où il montre la lutte politique existant à l’époque sur le rapport aux Juifs et la société à construire.
On comprend mieux pourquoi ce projet (à l’époque très populaire) était un cauchemar tant pour les sionistes que pour les régimes réactionnaires arabes...

Après la déroute de 1948, les organisations palestiniennes et les régimes arabes ont gardé les mêmes solutions chauvines et racistes ("les juifs à la mer", "égorger les juifs"). Au lendemain de juin 67, tous les appels chauvins creux se sont effondrés pour laisser place aux solutions impérialistes réactionnaires, fondées sur la "Reconnaissance d’Israël dans des frontières sûres". Le conseil national palestinien, conformément aux aspirations démocratiques du peuple palestinien décide :
(...)
Le refus des solutions chauvines palestiniennes et arabes en cours, avant et après juin 67, consistant à égorger les juifs et à les jeter à la mer, aussi bien que le refus des solutions réactionnaires fondées sur l’acceptation de l’État d’Israël dans des "frontières sûres et reconnues" selon la fameuse résolution du 22 novembre. Toutes ces solutions s’opposent aux droits du peuple palestinien à disposer de lui-même sur son propre territoire, et implantent au Moyen Orient, un État capitaliste, raciste et expansionniste intimement lié au capitalisme international, hostile aux mouvements de libération palestinien, arabe et aux forces de libération et du socialisme dans le monde.

 

La lutte pour une solution démocratique populaire aux questions palestinienne et israélienne, qui consiste à : abolir le fait sioniste incarné par l’ensemble des institutions étatiques (administration, police et armée), à dissoudre toutes les organisations politiques et syndicales chauvines et sionistes et à créer un pouvoir démocratique et populaire en Palestine où Juifs et Arabes cohabitent sans discrimination, ni oppression nationale ou de disses.

 

Cette solution démocratique est à même de libérer les Arabes et les Juifs de toutes les idéologies réactionnaires sionistes et arabes.

 

Cette solution transformera la région en un bastion révolutionnaire partie intégrante de la révolution mondiale."

Pour un état démocratique en Palestine

 

Ce texte, plus complet et détaillé est celui d’une résolution du GUPS, syndicat général des étudiants palestiniens, votée en 1970. Ce syndicat a longtemps été le fer de lance de la gauche palestinienne et ce texte est le plus précis à notre connaissance définissant ce qu’est le projet de la Palestine démocratique, c’est à dire d’une perspective politique et sociale libératrice sur la base d’une lutte de libération nationale.

1) Le territoire
Il doit être tout à fait clair que la Nouvelle Palestine discutée ici n’est pas la rive ouest du Jourdain occupée ou le territoire de Gaza ou les deux. Ce sont là des zones occupées par les Israéliens depuis Juin 67. La patrie des Palestiniens usurpée et colonisée en 1948 n’est pas moins chère et importante que la partie occupée en 1967. D’autre part, l’existence même de l’État raciste et oppresseur d’Israël, basé sur Je départ et l’exil forcé d’une partie de ses citoyens, ne peut âtre acceptée par la révolution, même s’il ne s’agit que d’un petit village palestinien. N’importe quel arrangement favorable à l’État colonial agresseur est inacceptable et non durable. N’est permanente que la population de la Palestine : ses juifs, ses chrétiens et ses musulmans dans un pays qui les intègre tous.

 

2) Les composants
Tous les juifs, musulmans et chrétiens vivant en Palestine ou exilés par la force auront le droit à la citoyenneté palestinienne. Ce principe garantit à tous les Palestiniens exilés de retourner dans leur patrie, qu’ils soient nés en Palestine, ou en exil et quelle que soit leur présente nationalité. Cela signifie également que tous les juifs palestiniens actuellement israéliens ont les mêmes droits à condition naturellement qu’ils rejettent le chauvinisme sioniste et raciste et qu’ils acceptent pleinement de vivre comme des Palestiniens dans la Nouvelle Palestine. La révolution rejette donc le principe selon lequel seulement, les Juifs qui vivaient en Palestine avant 1948 ou avant 1914 et leurs descendants, seraient acceptables. Après tout, Dayan et Allon sont nés en Palestine avant I948 et eux, ainsi que beaucoup de leurs collègues, sont des sionistes racistes invétérés qui n’ont évidemment pas qualité pour recevoir le statut de Palestinien.

 

3) L’idéologie
Les Palestiniens, au cours de leur lutte de libération et au moment de leur libération, décideront du système de gouvernement et de l’organisation politique, économique et sociale de leur patrie libérée. (On répète ici que le terme Palestiniens comprend les Palestiniens arabes qui sont exilés, ceux qui vivent en terre occupée ainsi que les juifs anti-sionistes).
Une Palestine démocratique et progressiste, toutefois, rejette par élimination une forme de gouvernement théocratique, féodal, aristocratique, autoritaire ou raciste-chauviniste. Ce sera un pays qui ne permettra pas l’oppression ou l’exploitation d’une partie de la population par un autre groupe ou par des individus, un État qui donnera des chances égales à chacun de ses citoyens pour le travail, l’accomplissement des devoirs religieux, l’éducation, le droit de décision politique, l’expression culturelle et artistique.
Ce n’est pas un rêve utopique, car la lutte pour réaliser la Nouvelle Palestine crée par elle-même le climat nécessaire au futur système de gouvernement, c’est-à-dire que la guerre populaire de libération fait surgir de nouvelles valeurs et suscite un nouveau comportement qui sont une garantie pour la démocratie qui suivra la libération.

 Source