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Publié par Coup Pour Coup 31

Crise du sionisme (et) une perspective pour une approche palestinienne en direction de la communauté juive en Palestine

 

Par Yoav Bar

Palestine vivra Intifada vaincraL’auteur est membre du bureau politique de Abnaa elBalad, mouvement palestinien actif en Palestine occupée en 1948, et un des initiateurs de la Conférence de Haïfa pour le droit de retour et un État laïque démocratique en Palestine.

« Le rôle principal d’Israël est celui d’avant-poste militaire avancé au milieu de l’Orient arabe pour empêcher l’indépendance arabe, l’unité arabe et la construction d’une économie nationale et d’une société démocratique. »

 

Introduction :

Ce document se veut être une contribution à la discussion, au sein du camp anti-impérialiste, sur des perspectives de travail dans les pays impérialistes. La situation en Palestine est très différente de celle de l’Europe ou des États-Unis. Depuis le début de la colonisation sioniste de la Palestine, il y a quelque 130 ans, les Juifs en Palestine étaient une petite enclave de colons au milieu de la patrie arabe.

Le colonialisme n’est pas un expansionnisme externe de quelque imaginaire « Israël capitaliste occidental », mais l’essence de l’existence d’Israël. La Palestine est un pays colonisé occupé, où le véritable centre de la vie politique est la lutte contre l’occupation. Toute lutte progressiste au sein de la communauté juive en Palestine devrait faire partie de la perspective de la libération palestinienne.

La lutte démocratique en Israël, comme lointain avant-poste de l’impérialisme, peut différer de la perspective générale de lutte révolutionnaire dans les centres impérialistes sur de nombreux aspects. Quoi qu’il en soit, j’ai essayé de centrer strictement mon analyse sur la réalité du terrain palestinien, et de laisser le public la critiquer et décider quelles leçons peuvent être tirées pour d’autres fronts.

Partie 1: Comment fonctionne le système sioniste

Le sionisme et l’impérialisme

On a beaucoup écrit sur les méfaits du sionisme comme mouvement colonialiste et sur Israël comme régime raciste, mais le rôle du sionisme dans l’hégémonie impérialiste sur l’Orient arabe est beaucoup moins connu et compris. Le rôle principal du sionisme n’est pas l’exploitation du peuple palestinien, dont ils préfèrent se débarrasser en poursuivant le nettoyage ethnique, ni la construction d’une société juive en Palestine (et l’exploitation de la classe ouvrière juive).

Le rôle principal d’Israël est celui d’avant-poste militaire avancé au milieu de l’Orient arabe pour empêcher l’indépendance arabe, l’unité arabe et la construction d’une économie nationale et d’une société démocratique.

Le caractère militaire du projet israélien est inscrit dans de nombreux accords stratégiques entre Israël et les puissances impérialistes, garantissant la « supériorité stratégique » d’Israël dans la région.

L’hystérie actuelle impérialiste contre le programme nucléaire d’Iran a une seule signification – la détermination impérialiste à maintenir Israël comme la seule puissance nucléaire dans la région, pour l’utiliser selon les besoins. Dans de nombreux écrits récents de dirigeants sionistes, ils disent ouvertement combien ils étaient près d’utiliser les armes nucléaires dans certains de leurs conflits passés…

Pour leur rôle dans le maintien de l’hégémonie impérialiste sur cette région importante d’un point de vue stratégique, les élites sionistes militaro-capitalistes reçoivent un large éventail de privilèges économiques et politiques, qui sont une petite fraction des bénéfices que les impérialistes tirent de l’assujettissement de la nation arabe et du vol de ses ressources naturelles et humaines.

Colonialisme et classe

Afin d’être en mesure d’expulser et d’opprimer le peuple palestinien, et afin de pouvoir terroriser militairement l’ensemble de la région, les sionistes ont besoin des meilleures de toutes les armes impérialistes, mais ils ont aussi besoin de soldats pour faire leurs guerres. L’État d’Israël utilise ces masses juives qu’il a réussi à attirer en Palestine comme sa base de soutien et comme les fantassins pour sa colonisation, son oppression et ses guerres d’agression. Il a besoin que cette communauté immigrée soit satisfaite, pour l’empêcher de re-émigrer vers des endroits plus sûrs, et de garder sa fidélité comme une force de combat.

La peur est une force importante derrière l’intense contrôle du sionisme sur les Juifs en Palestine. En ce sens, le sionisme est le principal bénéficiaire de l’antisémitisme et il partage sa conviction que les Juifs ne peuvent pas être assimilés dans les sociétés où ils vivent. Il tire également profit, dans une certaine mesure, en semant la terreur parmi les Juifs en Palestine sur les conséquences possibles du cas où Israël perdrait sa domination militaire.

Afin de fournir un remplacement aux Palestiniens expulsés, le mouvement sioniste amène des Juifs du monde entier. Dans un processus de colonisation interne, les Juifs des pays arabes et autres pays du tiers monde sont privés de leur culture et de leur structure sociale, qui sont déclarées par l’État comme « inférieures », et leur société est écrasée pour fournir « une matière première humaine » sans défense pour la manipulation et l’exploitation sionistes.

Mais le principal moyen utilisé par Israël pour garder la loyauté des masses juives est de faire que leur mode de vie quotidien dépende d’un système complexe de privilèges contre les Palestiniens indigènes. Ce système de privilèges concerne tous les aspects de la vie quotidienne en Israël : la santé et de l’éducation, le logement, la protection sociale, l’acceptation et la promotion sur le lieu de travail, exactement tout. Beaucoup d’efforts sont prodigués pour impliquer le plus grand nombre de Juifs (de toutes les classes) que possible dans l’expropriation active des terres arabes, dans les territoires occupés en 48 ainsi qu’en Cisjordanie et les Hauts du Golan syrien.

Ce système ne permet qu’un seul moyen de lutte efficace pour les segments des masses juives qui aspirent à améliorer leur vie quotidienne : se battre pour renforcer leurs privilèges et se distancier des masses arabes beaucoup plus opprimées et exploitées. Ce n’est pas un hasard si la lutte la plus réussie des Juifs orientaux au cours des dernières années fut une campagne en faveur d’une répartition plus équitable des terres arabes expropriées, menée sous le slogan : « Cette terre est aussi la mienne ».

L’alternative ne peut venir de l’intérieur de la communauté juive

L’exploitation capitaliste en Israël, comme partout ailleurs, crée ses contradictions et sa lutte des classes. Mais l’extrême polarisation d’une société sous colonialisme empêche la lutte des classes d’évoluer naturellement vers un conflit politique pour le pouvoir. Les travailleurs arabes sont marginalisés par une discrimination systématique, beaucoup d’entre eux travaillent dans des secteurs non officiels ou semi-officiels de l’économie où une organisation de classe est pratiquement impossible. Les travailleurs les plus organisés et combatifs sont ceux qui sont dans les secteurs les plus privilégiés, presque entièrement séparés. Même si la lutte et l’organisation locale se développent, elles sont rendues vaines par la Histadrout, le tout-puissant outil du mouvement sioniste dont le rôle est de s’assurer que la lutte syndicaliste soit soumise à l’intérêt du système colonialiste.

Le soi-disant « gauche israélienne » n’est pas du tout à gauche. Parfois, elle est prise pour intégrer le Parti travailliste israélien, qui fut l’instrument central du colonialisme sioniste, directement responsable de l’épuration ethnique de 1948 et l’occupation de 1967. Le « Travailliste » est jusqu’à ce jour un partenaire à part entière de toutes les politiques agressives racistes d’Israël et est un partenaire dans la plupart de ses coalitions gouvernementales. Économiquement, le Parti travailliste israélien est aussi étroitement lié aux grandes entreprises que ses jumeaux ouvertement de droite, et il promeut des politiques néo-libérales comme la privatisation.

Ombre des Travaillistes dans la « gauche » sioniste, le petit parti « Merez », qui est maintenant dans l’opposition, est seulement une ombre plus modérée, et n’hésite pas à prendre partie dans les gouvernements sionistes d’occupation et de guerre quand il en a l’opportunité. Il affirme être plus modéré dans les négociations avec l’Autorité palestinienne, mais sa principale activité politique est d’essayer d’engager les Palestiniens dans des négociations virtuelles et de leur faire du chantage pour qu’ils renoncent au droit au retour des réfugiés afin de les rendre plus acceptables pour l’opinion publique israélienne… Merez est également bien connu pour compter sur les élites prospères, qui pourraient être un peu moins agressives que les autres flancs du sionisme lorsqu’elles voient leurs intérêts bien défendus dans tout éventuel règlement.

IDes mouvements anti-guerre existent, dont La Paix Maintenant est le plus célèbre et au plus grand nombre d’adhérents. Il lui est arrivé d’exprimer certaines tendances populaires de méfiance vis-à-vis de la direction militaro-politique et de demander au gouvernement d’être moins agressif, mais il est resté, la plupart du temps, sous les ailes politiques des Travaillistes et du Merez. Sa logique était que Israël pouvait se permettre quelques concessions à partir d’un point de force, niant ainsi le droit au retour des réfugiés palestiniens et s’accrochant à la domination juive.

Pendant une longue période, le parti communiste israélien a essayé de construire une gauche non sioniste patriotique israélienne. Ils pensaient que cette gauche pourrait coopérer avec la « gauche » sioniste et l’influencer vers la paix avec les Palestiniens « extérieurs » et réduire la discrimination contre les Palestiniens « intérieurs ». À cette fin, ils ont essayé de limiter la lutte palestinienne dans les territoires occupés en 48 à un ordre du jour des droits civils, d’égalité et de paix.

Alors qu’ils essayaient de guérir certains des symptômes du sionisme, ils ont accepté sa proposition principale de l’établissement d’un Etat juif. Cette expérience a atteint son point culminant lorsque les votes communistes (et autres arabes) à la Knesset furent d’une importance cruciale pour soutenir le gouvernement travailliste dirigé par Rabin au moment de l’accord d’Oslo. Même alors, les Travaillistes ont refusé d’inclure le Parti communiste israélien, ou tout autre parti représentant des électeurs arabes, dans sa coalition gouvernementale, soulignant ainsi le caractère juif exclusif de l’Etat sioniste et la dé-légitimisation de ces Arabes palestiniens qui sont officiellement citoyens d’Israël.

En écho au radicalisme international des années soixante, au siècle dernier, plusieurs mouvements radicaux ont été créés parmi la jeunesse juive, plus connus sous le nom de « Matzpen » – Compass en hébreu. En dépit de certaines positions de principe importantes contre le colonialisme israélien et le dévouement à la lutte et les sacrifices de certains militants, ces groupes n’ont pas réussi à s’intégrer comme élément important dans le mouvement de libération de la Palestine, même lorsqu’il était aux sommets de la gauche radicale. Finalement, ces groupes se sont asséchés et ont disparu à l’intérieur des murs du ghetto juif réactionnaire.

Partie 2 : le sionisme ne fonctionne plus

Les limites et les revers de la supériorité militaire sioniste

Alors que le pilier du sionisme est la domination militaire, dans le cadre de l’hégémonie impérialiste, la crise du sionisme est survenue avec la preuve des limites de la puissance militaire d’Israël, et s’est intensifié lorsque le déséquilibre du pouvoir a perdu son apparence irréversible. Le moment le plus fort de la domination d’Israël fut la guerre de 67 et son occupation de l’ensemble de la Palestine et d’autres vastes terres arabes. Le réveil arabe est venu vite : en quelques années, l’insurrection de la résistance palestinienne est arrivée, la « guerre d’usure » et la guerre d’octobre 1973 – dans laquelle Israël a eu grand besoin de transports aériens directs américains pour échapper à la défaite.

Mais la classe bourgeoise au pouvoir en Égypte, le principal État arabe en première ligne, a décidé de capitaliser sur l’équilibre changeant des forces pour ses intérêts égoïstes en sautant dans le wagon américain, et signé l’accord de paix de Camp David avec Israël.

Pour Israël, la «paix» avec l’Égypte fut l’occasion d’essayer d’écraser la résistance palestinienne en lançant une guerre contre le Liban, qui a duré de 1982 à 2000. Israël a occupé Beyrouth, massacré les Palestiniens par milliers, et pour une courte période, forcé un gouvernement de collaborateurs. Mais la résistance a continué et l’a emporté – et il s’est avéré que la force militaire nue peut détruire et occuper un pays, mais ne peut pas forcer son ordre politique propre.

Le premier Intifada palestinien (1987-1993) a rendu des pans de la Palestine occupée ingouvernables. Il a forcé Israël à signer l’accord d’Oslo avec l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), ramenant de Tunis ses dirigeants en exil pour être son partenaire en fournissant quelques lois propres sous occupation. La direction de l’OLP a été trompée en croyant que Israël était intéressé à renoncer à l’occupation de 1967 de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, et a officiellement renoncé à la résistance armée alors que Israël continuait le nettoyage ethnique rampant et la colonisation.

La déception de Oslo a amené le deuxième Intifada palestinien en 2000. Après une lutte héroïque et sanglante, les Palestiniens ont réussi pour la première fois à forcer Israël à renoncer à un petit morceau de la Palestine, la bande de Gaza, d’où Israël a évacué ses colons et l’occupation militaire directe en 2005. Pourtant Israël, avec la collaboration égyptienne et impérialiste, a mis Gaza sous un siège rude et l’a transformée en une prison à ciel ouvert et le théâtre de massacres quotidiens. Pendant ce temps, le mouvement de résistance islamique, le Hamas, a remporté les élections de 2006 au Conseil législatif palestinien. En 2007, le Hamas a réussi à établir un gouvernement efficace sur la bande de Gaza, et en 2008, il a réussi à forcer Israël à accepter la première trêve bilatérale.

En Juillet 2006, Israël a tenté de redessiner l’équilibre des forces en attaquant à nouveau le Liban. Pendant 33 jours, son armée de l’air n’a cessé de bombarder les infrastructures civiles du Liban, causant le nettoyage ethnique de la population au sud et la destruction des parties de Beyrouth. Pendant 33 jours, l’élite de ses forces terrestres et ses chars les plus modernes ont perdu, bataille après bataille, contre la résistance de la milice du Hizbullah. Pendant 33 jours, la partie nord d’Israël a été paralysée par l’artillerie et les roquettes du Hizbullah. La grande victoire du Liban dans cette guerre a consacré le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah comme le leader le plus populaire leader du monde arabe et le Hizbullah comme le parti principal pour décider de l’avenir du Liban.

Pendant ce temps, tandis que les seules « réalisations » des sionistes sont toujours plus de souffrances et d’effusions de sang, ils ont demandé une intervention américaine directe en Irak, pour empêcher toute menace réelle ou imaginaire que l’argent du pétrole arabe ne soit utilisé pour construire une entité nationale arabe indépendante. Mais l’invasion de l’Irak s’est avérée être une guerre supplémentaire de trop, même pour la superpuissance. La résistance irakienne a porté un énorme coup à la capacité des États Unis pour forcer son passage sur les peuples opprimés et exploités partout dans le monde.

Comme ils l’ont fait tout au long de leur chemin, la seule perspective des sionistes est d’essayer de « corriger » les dommages de la dernière guerre en complotant la prochaine. Maintenant, ils essaient de faire que les États-Unis se lancent dans une autre guerre désastreuse contre un Iran beaucoup plus vaste et puissant, qui pourrait se révéler être une aventure encore plus sanglante et coûteuse. Il semble que les États-Unis, après leur expérience sanglante en Irak, soient maintenant enfin en train de résister à la tentation de suivre Israël dans son « va-t-en-guerrisme » contre l’Iran.

La crise interne du régime israélien

La perte de direction dans ses guerres externes et internes permanentes est la raison principale de la crise interne qui submerge le régime israélien. Depuis de nombreuses années, aucun gouvernement israélien n’a réussi à tenir pendant la durée totale de son mandat, et les différents organes de gouvernement sont constamment en lutte. La corruption est partout : le président honoraire d’Israël a dû démissionner pour des accusations de viol, son précédent Ministre des Finances est maintenant condamné pour vol, son chef de la police a dû démissionner pour avoir permis à des criminels locaux d’influer sur la police, son Ministre de la guerre et le Chef d’Etat Major de l’armée ont dû démissionner pour leur gestion « maladroite » de la guerre contre le Liban et le Premier ministre Olmert est maintenant obligé d’abandonner son boulot après des accusations sans fin de corruption.

Le néolibéralisme et la privatisation ont été adoptés par Israël avec plus de vigueur que dans la plupart des États occidentaux, et mis à mal l’Etat-providence et la solidarité sociale qui étaient le ciment de la société juive. Un petit groupe d’oligarques locaux et extérieurs est en train de renforcer son emprise sur l’économie, et l’écart entre les pauvres, dont beaucoup sont des travailleurs ordinaires, et les très riches, est plus large.

Comme communauté immigrée, Israël est plus sensible aux maux du capitalisme. Du point de vue sioniste, le chômage et la pauvreté des Juifs menacent son effort constant d’attirer plus de juifs pour vivre en Palestine. De l’autre côté du spectre social, l’industrie de haute technologie prospère est en train de créer une élite mondialisée qui trouve plus facile de quitter Israël et de s’installer dans les centres impérialistes du pouvoir. Le fait que l’émigration hors d’Israël est actuellement plus importante que l’immigration en Israël est un indicateur important de la crise.

Échos du deuxième Intifada dans la communauté juive

Le premier Intifada (1987 – 1993) était mené par l’OLP, et conduite dans la perspective de ses dirigeants de création d’un État palestinien en Cisjordanie occupée en 1967 et dans la bande de Gaza. Il ne nécessitait aucun ré-alignement de la rue juive, puisqu’il correspondait à la perspective du mouvement israélien de la paix d’être une force modératrice aux côtés du gouvernement israélien. Tout est arrivé avec l’accord d’Oslo et la création de l’Autorité palestinienne sous occupation et non comme un remplacement de celui-ci.

Le deuxième Intifada (2000 -?) est le fruit de la désillusion palestinienne du « processus de paix » d’Oslo. Il a éclaté juste au moment où le côté israélien, y compris une grande partie de ce que l’on appelle la « gauche israélienne », croyait que le gouvernement Barak était allé aussi loin qu’il pouvait vers les Palestiniens. Le deuxième Intifada a défié les conceptions des Israéliens sur le conflit pour plusieurs raisons :

• Le Hamas et le Jihad islamique ont pris une part importante dans la direction de l’Intifada, et ne faisaient pas partie du « processus de paix » contrôlé par les impérialistes.
• Il y a eu davantage de victimes militaires et civiles israéliennes.
• Pendant les 10 premiers jours, il a eu également un Intifada des Palestiniens dans les territoires occupés en 48. Même après que leur lutte directe de masse ait été supprimée par le massacre systématique de manifestants, il est resté clair que c’était une position des Palestiniens « internes ».
• Israël a intensifié son oppression destructrice des Palestiniens.

La réaction initiale fut une forte convergence autour du consensus sioniste, avec de nombreuses figures emblématiques du « camp de la paix » israéliens accusant les Palestiniens d’ingratitude dans une insurrection tellement violente, juste au moment où la paix était à portée de main. Mais un autre type de réponse est sorti, qui a fait volé en éclat la perspective sans avenir du processus de paix traditionnel.

Peu de temps après l’éclatement du deuxième Intifada, certains éléments autour du Parti communiste, ainsi que des gauchistes à l’esprit indépendant, ont créé «Ta’ayush», un mouvement qui soulignait la lutte commune des Juifs et des Arabes contre l’occupation et contre la discrimination, et évitait de poser un programme politique. Le choix même du nom du mouvement, le mot arabe pour «vivre ensemble», fut une pause rafraîchissante dans la prédominance de l’hébreu et du récit israélien, même dans les milieux de gauche.

Dans les premières années de l’Intifada, Ta’ayush a réussi à mobiliser des milliers de militants juifs qui se sont joints aux luttes palestiniennes tant en Cisjordanie qu’à l’intérieur de la ligne verte. L’évitement de la perspective « naturelle » de la solution à deux Etats a permis la participation active d’éléments plus radicaux. Sous la pression de partenaires dans les camps de réfugiés en Cisjordanie, ainsi que du comité des Palestiniens déplacés de l’intérieur, Ta’ayush a été forcé de prendre une position claire sur une question – le droit au retour des réfugiés palestiniens. Après quelques années productives, l’activisme pour lui-même n’a pas suffi à maintenir Ta’ayush comme une force majeure, et il est maintenant limité à certains groupes menant des activités locales.

Les principaux organisateurs de la participation des Juifs dans la lutte de masse quotidienne contre l’occupation sont maintenant « Anarchists Against The Wall ». Ils participent aux côtés de Palestiniens et de volontaires internationaux à des manifestations quotidiennes contre la construction par Israël de ce qu’on appelle le « mur de séparation » en Cisjordanie, un mur qui sépare les Palestiniens de leurs terres et les uns des autres afin de renforcer les colonies juives. Ce partenariat dans la lutte a transformé les anarchistes en porte-drapeaux de tous les opposants à l’occupation, et de nombreuses personnes de différentes opinions prennent part aux manifestations. Pourtant, d’un point de vue politique, il semble qu’à Tel-Aviv, il soit parfois plus facile d’être « contre tous les Etats » plutôt que de mettre en exergue l’apartheid israélien comme un régime mauvais qui doit être combattu pour des raisons démocratiques très simples.

Comme le service militaire est obligatoire pour tous les Juifs (et les Druzes, une tendance islamique) en Palestine, la résistance au service armé est une composante constante de la lutte démocratique. Ici encore, le centre d’activité est en train de changer. Par le passé, la principale tendance politique de « refuzniks » était d’être de bons soldats dans l’armée israélienne, comme défenseurs de l’ « Israël légitime », et de refuser de manière sélective, soit de servir au Liban ou de faire la police en Cisjordanie et à Gaza occupés en 67.

Aujourd’hui, le coeur du mouvement est le refus de prendre quelque part que ce soit aux activités de l’armée israélienne, reconnaissant qu’il n’est pas possible de faire la distinction entre un rôle de légitime « défense » et l’occupation. Le mouvement politique public des refuzniks est maintenant beaucoup plus en cohérence avec la désillusion et l’aliénation largement répandues envers les institutions de l’Etat, qui ont conduit des milliers de jeunes à éviter le service militaire sans déclarer ouvertement le refus.

L’un des aspects du contrôle idéologique du sionisme sur la communauté juive est la négation de l’existence et de l’histoire du peuple arabe de Palestine, et en particulier le déni de la Naqba palestinienne – le nettoyage ethnique contre la majorité de la population de la Palestine en 1948.

L’insistance des Palestiniens sur leurs droits, en particulier la commémoration annuelle de la Naqba par des manifestations de masse pour le droit de retour, a réussi à briser cette ignorance égoïste, à tel point que le mot Naqba est maintenant très utilisé, même en hébreu. Il y a aussi le travail systématique des militants démocratiques au sein de la communauté juive pour provoquer une prise de conscience de la Naqba, en particulier par l’association «Zochrot» (se souvenir).

Un autre défi au niveau de la coopération des militants juifs avec l’Intifada palestinienne a été posé par Tali Fahima, qui s’est offerte elle-même comme bouclier humain pour perturber les tentatives constantes de l’armée israélienne de tuer des militants palestiniens. En 2004, elle a été arrêtée et accusée de «collaboration avec l’ennemi». Une campagne active de défense a réussi à dénoncer la nature politique des charges, jusqu’à ce que l’accusation soit forcée de faire des compromis sur des accusations de moindre gravité et deux ans et demi d’emprisonnement. Son nom est devenu le symbole de la victimisation des militants démocratiques anti-occupation.

Le mouvement anti-guerre contre la deuxième invasion du Liban (été 2006) fut un autre exemple du mouvement de balancier de la fausse gauche sioniste vers l’opposition radicale pro-palestinienne.

Alors que les Travaillistes étaient au gouvernement, et leur leader de « gauche » Perez était le Ministre de la « défense » qui a initié la guerre, la « gauche » sioniste organisée fut en complète collaboration avec la propagande de guerre jusqu’aux derniers jours de la guerre.

D’un autre côté, la gauche arabe et juive à Haifa a conduit l’opposition à la guerre par des manifestations quotidiennes dès le premier jour de la guerre, alors même que la ville était partiellement évacuée en raison d’attaques à la roquette. Dans plusieurs manifestations de masse anti-guerre à Tel-Aviv, des drapeaux palestiniens ont été brandis et le public juif et arabe mélangé était mené par un mélange de communistes, de nationalistes arabes, d’anarchistes, des militants du mouvement gay et lesbien, etc.

Partie 3 : Construire l’alternative

La position palestinienne officielle

La lutte contre le sionisme est dirigée par ses principales victimes – les Palestiniens – mais la victoire exige l’unité arabe anti-impérialiste, la solidarité internationale et aussi de briser le monopole sioniste sur la communauté juive en Palestine.

Le programme traditionnel du mouvement de libération palestinien, l’Etat laïque et démocratique en Palestine, a posé une alternative positive et progressiste. Certains Juifs furent actifs dans l’OLP et y ont tenu postes importants.

Bientôt, la perspective de la direction Fatah de l’OLP s’est déplacée vers la création d’un État palestinien indépendant dans les territoires occupés en 67 (environ 20% de la Palestine), grâce à un accord avec un Israël toujours dominant. Son intérêt pour la communauté juive s’est déplacé vers l’édification de relations avec le « mouvement de paix » dans le camp sioniste comme un pont vers la création d’un Etat.

Aujourd’hui, alors que le mouvement de résistance islamique Hamas est en concurrence avec le Fatah pour la direction de la lutte palestinienne, il coopère avec toutes sortes de militants de la paix sur le terrain, mais doit encore développer une approche cohérente envers la communauté juive.

Abnaa elBalad

Le mouvement Abnaa elBalad, en tant que mouvement palestinien progressiste actif au sein des territoires occupés en 1948, déclare dans ses principes de base qu’il représente l’intérêt historique de tout le peuple de Palestine, y compris les intérêts historiques des Juifs en Palestine pour se débarrasser de leur rôle de poudre de canon pour les impérialistes et les guerres sionistes.

Depuis plus de vingt ans, Abnaa elBalad intègre des camarades d’origine juive, mais il se concentre sur sa tâche principale d’organiser les masses arabes palestiniennes pour la défense des droits de tous les jours contre le racisme sioniste. Il n’a que des interventions sporadiques dans les luttes démocratiques au sein de la communauté juive ou dans l’organisation parmi les masses juives.

La Conférence Haïfa – Juin 2008

En 2007, le comité central de Abnaa elBalad a adopté une initiative visant à mettre en avant la perspective d’un Etat laïque démocratique en Palestine comme cadre de la réalisation du retour des réfugiés palestiniens et comme solution au conflit sanglant continu. Le calendrier de l’initiative a été décidé à cause de l’évident effondrement du « processus de paix » parrainé par l’impérialisme et la crise de l’hégémonie sioniste et impérialiste, qui pousse les Palestiniens et les juifs à rechercher de solutions plus profondes.

Afin que la porte soit grande ouverte à des personnes de convictions différentes et d’organisations, mouvements et partis divers, le cadre qui a été adoptée est une conférence publique, organisée par un comité indépendant.

La conférence a réussi à promouvoir la discussion de l’alternative démocratique laïque et a été suivie par de nombreux militants de différents mouvements, partis et ONG palestiniens, pour la plupart des territoires 48, mais aussi de Cisjordanie et de la diaspora palestinienne. La liste des orateurs à la conférence, plus de 50 d’entre eux, constitue un défilé de soutien à la cause de la conférence. Il y avait aussi une très forte présence de militants juifs, probablement la plus large participation jamais vue à un événement politique palestinien (sauf, bien sûr, les manifestations de masse, où tout le monde vient, mais où il n’y a pas beaucoup d’interactions). Il y a eu également une forte présence de mouvements de solidarité internationale. Dans l’ensemble, entre 300 et 400 personnes ont participé à différents ateliers, avec des débats animés sur de nombreux aspects du problème, la lutte et la solution.

Le Conférence d’Haïfa s’inscrit dans le cadre d’un mouvement plus large de réévaluation de la stratégie palestinienne. D’autres conférences ont eu lieu auparavant en Europe, et différents groupes de travail travaillent sur les mêmes objectifs en Cisjordanie, à Gaza et dans les camps de réfugiés dans différents pays arabes.

Une vision de l’avenir

Alors que le racisme sioniste et son rôle comme avant-poste militaire de l’impérialisme apporte davantage de conflits sanglants, alors que la résistance arabe commence à briser l’hégémonie impérialiste, les Juifs en Palestine n’ont pas d’autre choix que de chercher un avenir pour eux-mêmes qui ne sera pas fondée sur des guerres constantes mais sur l’intégration dans une future Palestine démocratique faisant partie d’un Orient arabe démocratique.

Pour séparer les Juifs du sionisme en Palestine, nous avons besoin d’une approche active du mouvement palestinien de libération vers les masses juives et le rôle actif des révolutionnaires au sein de la communauté juive dans la lutte anti-sioniste et anti-impérialiste. Cette approche peut aider à démanteler la bombe à retardement sioniste et empêcher que le conflit ne décline en un bourbier de meurtres collectifs ou qu’il n’explose dans une guerre nucléaire finale.

Une alternative socialiste est la continuation naturelle et la meilleure façon pour l’application de l’alternative démocratique pour la Palestine, comme elle est l’état de tous les mouvements de libération. Seul un régime socialiste peut mobiliser toutes les ressources économiques et humaines de la Palestine pour l’énorme tâche de reconstruction de la vie de millions de réfugiés palestiniens démunis revenant, et d’empêcher qu’un apartheid économique ne remplace l’apartheid militaire mis en œuvre aujourd’hui par le sionisme. Seul un régime socialiste peut, dans un bon ordre, priver les Juifs en Palestine de leurs privilèges immoralement acquis et fournir les conditions de leur intégration dans une future Palestine démocratique au profit de la société totalement libérée.

Source