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Publié par Coup Pour Coup 31

Le texte qui suit est de Khalida Jarrar, prisonnières palestiniennes détenue par l'occupant depuis le 2 avril 2015. Elle l'a écrit depuis sa prison le 2 juin 2015.

Khalida Jarrar, 52 ans, est une militante féministe palestinienne, dirigeante du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), députée du Conseil Législatif Palestinien.

Déjà, le 20 août 2014, les forces armées israéliennes ont débarquées chez elle à Ramallah pour lui ordonner l'ordre de s'exiler dans la ville de Jericho avec l'interdiction d'en sortir pendant une période de six mois. Khalida résista et installa un campement dans la Cour du Conseil Législatif Palestinien à Ramallah. Elle eu gain de cause.

le 02 avril dernier, plus de 60 soldats israéliens ont attaqué sa maison et l'ont embarqué. Elle a été mise en détention administrative avec 12 chefs d'inculpation dont l’appartenance à une organisation illégale et la participation à des manifestations. Interrogée au centre de détention d’Ofer, elle a ensuite été emmenée à la prison de Hasharon en Palestine occupée.

Khalida Jarrar lors d'une audience en mai 2015 dans un tribunal militaire.

Khalida Jarrar lors d'une audience en mai 2015 dans un tribunal militaire.

Depuis toujours, je ne cesse de parler de la cause des prisonniers palestiniens: de leur nombre, de leurs conditions de détention, des statistiques, chiffres et pourcentages… je parle d'un million de palestiniens qui sont passés par les prisons israéliennes depuis 1967 – ce chiffre veut dire qu'un palestinien sur quatre a été en détention au moins une fois dans sa vie. Je parle des centaines des femmes qui ont été arrêtées, dont 24 qui sont toujours prisonnières.. je parle aussi des milliers d'enfants qui ont été arrêtés en violation totale de toutes les lois et conventions internationales. A cet instant même, 240 enfants sont dans les prisons parmi les 11000 prisonniers palestiniens. Il y a des malades qui ont de lourdes maladies impossibles à soigner dans les prisons, cela signifie une condamnation à mort, certains d'entre eux sont des vieillards.. Il y a aussi environ 600 prisonniers – je n'ai pas le chiffre exact en tête- qui passent des périodes de détention administrative sans aucune justification juridique ou motif d'accusation sauf l'utilisation d'un décret militaire britannique datant de la colonisation britannique en Palestine il y 70 ans, synchronisé avec la fin de l'époque des Nazi, qui ressemble malheureusement à ce que je décris de notre époque. Depuis 9 ans, j'occupe le poste de présidente de la commission en charge des prisonniers palestiniens dans les geôles israéliennes, comme député élue par le peuple palestinien en lutte pour sa libération. Auparavant, j'ai été pendant 13 ans, la directrice générale de l'association Addameer pour les droits des prisonniers et le droit de l'homme, l'une des associations les plus importantes qui a pour mission la défense les prisonniers. Cela signifie que j'ai consacré les vingt dernières années de ma vie à travailler pour soutenir les prisonniers de la Palestine dans les geôles du colonisateur, et dans leur quête d'une liberté qui leur a été volée par la dernière occupation coloniale restant sur notre planète.

Pendant toutes ces années, et en particulier depuis que mon élection et le fait que je suis devenue une représentante du peuple, j'ai défendu avec toute ma force les prisonniers et leur droit et lutter contre les conditions de leur arrestation et les méthodes utilisées dans les interrogatoires, les aveux falsifiés et les fausses accusations. J'ai défendu leur droit à avoir accès aux soins médicaux, leur droit à la vie et la libération. Parce qu'il ne sont coupables que de défendre la liberté de leur peuple opprimé, une action reconnue par toutes les lois internationales et les nations unies dont les lois et les conventions s'appliquent à nous tous.

Je me suis toujours adressée aux peuples du monde et ai demandé aux députés représentants des peuples, des représentants des gouvernements et des présidents de se ranger aux cotés des détenus palestiniens, du coté de ceux qui sont en quête de justice, de liberté et des valeurs et droits humains. J'ai toujours exigé la condamnation de l'occupation, sa sanction et sa fin. Je crois toujours que ceci est notre devoir à tous, c'est votre devoir comme il est le notre, nous palestiniens.

Aujourd'hui, j'affirme ne pas avoir changer : mes positions, ma conviction et ma volonté sont intactes, cependant, mon regard est différent, j'observe la scène d'une autre perspective depuis laquelle je vois les choses plus clairement. Aujourd'hui, je fais moi même partie des 24 prisonnières dont j'ai parlée précédemment, une parmi les 6000 prisonniers, une parmi ceux qui subissent la violence des geôliers, qui subissent le poids de l'injustice chaque jour, chaque heure, chaque instant.

Aujourd'hui, après avoir été arrêtée dans ma maison, devant ma famille et mon compagnon, aujourd'hui j'ai enlevée à mon peuple et privée de mon devoir de servir ceux qui m'ont élue. Aujourd'hui, j'ai subi moi même les soldats de l'occupant, armés jusqu'au dents arrivant avec toute l'atrocité possible chez moi au milieu de la nuit, me menotter, me bandant les yeux et me conduisant vers un lieu que j'ignore.

Aujourd'hui, j'ai été informée que ma détention administrative avait été ordonnée, une détention fondée sur un décret plus âgé que moi, un décret qui ne ressemble pas à l'humanité de notre époque. Aujourd'hui, le gouvernement de l'occupant a commencé à trembler, après avoir subit la pression des gens libres du monde entier (condamnant mon arrestation sans aucun motif d'accusation). Mais cela n'a pas empêché pour autant l'occupant de chercher dans ses lois encore plus racistes, il m'envoie donc devant un tribunal que nous savons tous illégitimite, devant des juges dont nous connaissons tous l'incompétence, car un bourreau ne peut jamais être le juge de sa victime.

Bien que nous arrivons à trouver des failles dans leurs lois caduques, reste le dernier mot, celui du représentant de l'occupant, le procureur, car aucune autorité n'est plus haute que celle de la colonisation et ses règles, l'occupant ne respecte même pas ses propres lois injustes et son système juridique déjà parti prenante.

Ceci n'est pour nous que le prix à payer pour notre libération, pour notre dignité et celle du monde entier. Nous nous armons de votre solidarité, nous nous tenons debout et continuons notre lutte en entendant votre voix solidaire avec notre résistance.

Je vous adresse ce message aujourd'hui depuis la prison, je ne sais pas encore que sera mon destin, je ne sais pas encore combien de temps je vais passer dans cette prison sale qui n'est pas faite pour des êtres humains, je ne sais même pas si je vais trouver un médecin digne de son titre une fois malade, je ne sais pas si la nourriture qu'on me donne n'est pas polluée ou si l'eau n'est pas empoisonnée, je ne sais pas quand mon geôlier va investir ma cellule pour m'empêcher de dormir et violer mon intimité. Je ne sais non plus quand je vais pouvoir prendre mes enfants Yafa et Suha dans mes bras, je ne sais pas quand je vais voir mon mari ou embrasser mes parents. Je sais que pour tout ça j'ai besoin de vous, de chaque voix libre dans ce monde pour qu'il répète avec mon peuple et moi-même : A bas l'occupation, vive le peuple de la Palestine libre!

Traduction : Al-Hadaf

 

Manifestation de solidarité devant la prison militaire d'Ofer près de la ville de Ramallah en Cisjordanie le 28 mai 2015.

Manifestation de solidarité devant la prison militaire d'Ofer près de la ville de Ramallah en Cisjordanie le 28 mai 2015.