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Publié par Coup Pour Coup 31

Fondé lors de la Conférence nationale des travailleurs arabes des 17 et 18 juin 1972 à Paris, le Mouvement des travailleurs arabes (MTA) est composé d’étudiant-e-s et d’ouvriers immigrés (Tunisie, Maroc, Algérie, Liban) affirmant leur appartenance à la nation arabe, issus des Comités de soutien à la Révolution palestinienne (dits comités Palestine, nés en septembre 1970 et dissous au printemps 1971). Ils sont très proches des maoïstes de la Gauche prolétarienne (GP) et de la gauche chrétienne, et certains militent dans l’Union nationale des comités de lutte d’atelier (UNCLA). Les militants du MTA sont parmi les premiers à penser la nécessité du combat pour l’amélioration de la condition des immigrés sur le territoire français. 

L’été 1973 est une des périodes les plus sanglantes  pour l’immigration maghrébine, endeuillant des dizaines de familles. L’atmosphère est particulièrement tendue dans le sud de la France, où l’on retrouve les plus fervents nostalgiques de l’Algérie française et les anciens de l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS). Le 12 juin, suite à une manifestation de travailleurs agricoles sans papiers, on assiste à une véritable ratonnade : des immigrés sont poursuivis dans les rues de Grasse et des pétitions circulent pour demander leur expulsion de la ville.

"Le 25 août 1973, un conducteur d’autobus de Marseille est assassiné par un ressortissant algérien déséquilibré. Ce fait divers va être l’occasion d’un véritable déchaînement de haine anti-arabe pendant une semaine, durant laquelle on compte sept morts à Marseille. Le quotidien Le Méridional, dans son édition du 26 août, souffle sur la braise. En clamant « Nous en avons assez ! », en accusant les Algériens de tous les maux, il se montre compréhensif à l’égard des « citoyens [qui] risquent d’avoir recours à des actes de justice directe ».

Dans la nuit du 28 au 29 août, un commando jette un cocktail Molotov dans les bâtiments d’une entreprise de nettoyage des chantiers navals de la Ciotat, tandis que Lhadj Lounès est tué par balles à Marseille. Le 31 août, 1 500 ouvriers des chantiers navals de la Ciotat déclenchent spontanément une grève contre les attentats racistes, malgré les consignes de l’Amicale algérienne. Le lendemain, un cortège funèbre à la mémoire de Lhadj Lounès traverse Marseille, du bidonville de la Calade au port de la Joliette. Au terme de la marche, le MTA de Marseille lance le mot d’ordre de « grève générale contre le racisme » de vingt-quatre heures, pour le 3 septembre 1973. Le mot d’ordre s’étend et ce sont bientôt 30 000 ouvriers qui se mettent en grève dans les Bouches-du-Rhône. Les militants parisiens du MTA réagissent immédiatement à l’appel à la grève contre le racisme.

Le MTA décide d’un appel à la grève générale pour le 14 septembre qui fait descendre dans la rue les ouvriers des grands chantiers, tel celui de Roissy-en-France (1 700 grévistes sur 2 000 ouvriers), comme les commerçants arabes de Belleville. 3 000 personnes se réunissent devant la grande mosquée de Paris.

Pour l’année 1973, les autorités algériennes livrent un bilan de 50 assassinats et 300 blessés parmi les ressortissants algériens en France. Comme le fait remarquer la sociologue Rachida Brahim «sur les quatorze morts répertoriés entre le 25 août et le 30 décembre 1973, seules deux enquêtes ont abouti à des inculpations mais les présumés coupables ont rapidement été libérés.»

Il est de notre devoir, outre celui de faire vivre l'histoire de la lutte de l'immigration en France, de ne pas oublier les tentatives d'auto-organisation de la classe ouvrière immigrée contre le racisme d'Etat, lui aussi toujours d'actualité !

14 septembre 1973 : grève générale du Mouvement des Travailleurs Arabes
14 septembre 1973 : grève générale du Mouvement des Travailleurs Arabes14 septembre 1973 : grève générale du Mouvement des Travailleurs Arabes